LES VOIX INSPIREES
Le
corps est l'instrument. Le seul capable de donner sens à nos sens. Sans
traduction ni interprétation il restitue avec fidélité notre état, le
fond de notre âme, nos peines, nos espoirs. Pourtant l'accès à la subtilité
de notre corps a été enfoui par trop de savoir, de méthodes intellectuelles
et mécaniques, de " modes " d'expression.
Le
retour à notre sensibilité émotionnelle et physique demande donc un
réapprentissage. Dommage. Mais quel plaisir de les retrouver.
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Posture
- Respiration
- Energies
- Mouvement
- Joie musicale
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Posture :
Le
squelette en équilibre sur les pieds, n'a nul besoin d'une compensation
musculaire. Cette position donne même une sensation de légèreté étrange.
Inhabituelle.
Inhabituelle? Certes ; mais cette légèreté permettra au corps de se
sentir libre dans ses mouvements. Il est donc primordial de lui apprendre
que cette attitude est la bonne. Est bonne même . Prendre le temps de
la goûter, lentement, fait gagner du temps sur une recherche musculaire
inutile.
En passant en revue tout le squelette, qui n'a pas d'action propre,
le souvenir physique de simplicité s'installe.
La colonne vertébrale : soutenue par le sacrum, on en parle beaucoup.
Mais c'est surtout ce qu'elle contient qui nous intéresse. : la moelle
. Toute contraction musculaire inopportune coupe les sensations d'une
colonne vertébrale " entière " . (La paraplégie oblige le corps à compenser
musculairement certains mouvements ) En inventant sa cage (vertèbres),
en imaginant sa fonction, le transmetteur nerveux, la moelle va se mettre
à vivre et à se manifester à tout le corps.
Et le corps sera enfin entier.
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Respiration :
En
principe, on sait comment fonctionne le diaphragme. Il fait même très
bien son travail. Laissons le donc faire et observons comment le laisser
tranquille. En descendant jusqu'au plateau pelvien on se trouve sur
une base large, solide et mouvante : sur les hanches pour les mouvements
horizontaux et sur les ressorts des jambes pour absorber les mouvement
verticaux.
En relâchant les muscles pelviens, l'abdomen tombe en avant créant un
appel d'air : INSPIR.
Pour éprouver l'EXPIR il n'y a qu'à attendre que l'air inspiré provoque
une envie de le rejeter.
Les muscles pelviens aideront le ventre à s'aplatir. Attendre simplement
que l'envie de reprendre l'air se manifeste, donc : lâcher le ventre
sans l'action volontaire du diaphragme.
Pour l'instant seule l'observation est nécessaire et primordiale.
La phase active vient avec l'intégration de l'énergie.
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Energie :
L'énergie
est là où il faut, quand il le faut. Lorsque vous marchez, le corps
se met en mouvement vers la bonne direction. Inutile de déplacer volontairement
les pieds en regardant s'ils font le bon geste. Bonjour Madame, bonjour
Monsieur : la main se tend vers l'autre personne.
C'est
un acquis. A l'inspir, une énergie entre ; de préférence jusqu'au "
hara " au-dessous du nombril. Jusqu'au plateau pelvien même. En le laissant
évoluer dans le bas du corps on peut le sentir. A l'expir, pour une
efficacité optimale, cette énergie va être dirigée vers les pieds. Loin
sous les pieds. En s'imaginant être un chêne, cette énergie va être
dirigée vers les grandes et les plus petites racines. Et comme un grand
chêne, la sensation de grandir et ouvrir une grande coupole de feuillage
s'ouvrira au-dessus de la tête. On sentira alors que dans ce tronc,
fort et long, on sentira la sève monter par la moelle et sortir par
le sommet du crâne. (En ouvrant les bras on sentira le soleil, le vent,
le cosmos entrer par le feuillage jusqu'aux plus petites radicelles,
loin sous la terre).
Il est essentiel de ne pas pousser l'énergie ni vers les racines,
ni vers la verdure. Toute tension musculaire pour le moment, ne peut
qu'empêcher cette précieuse énergie de circuler librement dans tout
le corps au moment du souffle léger de l'expir. Elle sortira même par
les oreilles si vous les ouvrez.
Apprenez à votre corps la merveilleuse sensation de liberté.
C'est la bonne attitude; qu'il s'en souvienne !
Toutes les sensations fragiles et sensuelles ont été enfouies. Mais
elles sont là ; il suffit de les faire renaître, les reconnaitre et
les accepter : premier soleil du printemps sur le dos, caresse du vent
sur la peau, eau fraiche, les pieds dans le ruisseau, goût de la framboise,
du chocolat. Tout cela donne des frissons de bien-être dans le corps
entier. Dans le corps; pas dans la tête qui elle, ne fait que se souvenir
puis reproduire à l'infini ces instants délicieux, à la demande.
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Mouvement :
Sauf
handicap, tous les mouvements sont possibles. Il suffit de les faire.
En imaginant que ce sont les os qui changent la forme du corps, d'une
position à une autre, ça se fera. Les muscles savent comment y arriver,
laissons les faire leur travail. Comme pour la respiration, moins on
pense comment le diaphragme " travaille " , moins les tentions bloquent
le mouvement instinctif.
Chaque instrument a des positions définies, des mouvements subtils et
précis. L'anticipation est donc indispensable. Mais c'est l'anticipation
de la sensation de la position suivante qui donne la liberté au mouvement.
Il n'est plus nécessaire de le faire, ni d'essayer désespérément de
rester souple. La liberté de mouvement vient de la sensation de légèreté
du corps. L'énergie qui circule est le moteur du mouvement juste, agréable.
Et c'est à partir du sacrum et de la moelle qu'on se sent le mieux bouger.
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Joie :
Ici,
la question du plaisir musical est importante. Pour qui, pourquoi joue-t-on
d'un instrument, pourquoi chantons-nous ? Soyons honnête : pour notre
propre plaisir d'abord. On peut le partager, bien sûr. Et plus on est
content, meilleur est le partage.
" L'ouverture " est l'ouverture de soi. Un moyen de s'ouvrir
est peut-être la possibilité de recevoir. Une main fermée ne peut recevoir.
Mais dès qu'elle est ouverte cela devient possible. Une fois ouverte,
on peut même voir ce qu'elle contient. Il en va de même pour notre être.
Oser sentir, éprouver des sentiments jusqu'au tréfonds de soi, permet,
sans se sentir trahi, de s'exprimer simplement. Pas d'interprétation,
de théâtralité intellectuelle, de mode culturelle.
Chacun a droit à son propre sentiment d'un texte musical ou littéraire.
Les mots, les notes, les annotations du compositeur nous aident à trouver
une solution élégante, dramatique, joyeuse. Les études avec de bons
maîtres sont bien entendu indispensables. Mais on ne vient pas entendre
un instrument (une exécution) mais une personne et son interprétation.
Si elle est crispée, que ce soit par manque de technique ou par peur
de déplaire, chacun manque son but : le musicien et l'auditeur. La confiance
en soi est de rigueur.
On en revient donc à nos sensations subtiles de posture, respiration,
mouvement. Et l'instrument dans tout ça, la voix ? Ils sont là pour
nous. Leur chant, leurs sons, leurs phrases nous donnent une énergie
constamment renouvelée. Donc au lieu pousser et projeter, cette énergie
va rayonner en nous, puis dans tous les sens. Dans tous les sens ; et
avec force, douceur, élégance.
Qu'importe. Il suffit en somme de préparer une grande ouverture intérieure/extérieure
pour recevoir et partager tous les sentiments du monde.
Ouvrir le nez, les yeux, les oreilles avec l'attention du fennec prêt
à bondir, jusqu'au bout de la queue, donne des sensations fortes et
instinctives. Rien à reproduire. La moelle recevra toutes les indications
nécessaires au bond, au geste. Le cerveau ne fera que déclencher l'action.
C'est simple,
jouissif et efficace.